Addictions : s’arrêter ou mourir !

Tous les élèves de seconde en CAP ou en BAC ont assisté à une intervention sur les addictions organisée au CDI par Mme Bourlez et Mme Depierre, l’infirmière du lycée. Une rencontre avec Océane, nutritionniste, Maëllys, lycéenne et Gérard, patient expert, qui sait de quoi et pourquoi il en parle…

2AFB, 2ORGO et quelques pistes d’Anesty TTCB

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Affiche réalisée en PSE par des élèves de Seconde

À quoi est – on addict ?

Nous avons commencé par être interrogés. Qu’est-ce que vous avez déjà consommé ? Alcool, cigarettes, cigarettes électroniques, chicha, drogues illicites ? On joue à quoi ? Combien de temps ?

Pour Gérard Lauby : « Il y a des émotions et on voit des visages qui se ferment ».

Dans les effets positifs, il y avait : se détendre, oublier …

Alcool, drogue, tabac, écran, sexe, tamien, héroïne, cocaïne, méthamphétamine ( ?), morphine, médicaments ……… il y a beaucoup d’addictions. Franchement, la plupart d’entre nous ne savaient pas qu’il y en avait autant et dans autant d’endroits. On a vu plein de films liés à la drogue mais on en savait pas autant. Elles sont partout présentes sur terre, c’est frappant le nombre de formes qu’elles ont : dures, champignons hallucinogènes, végétaux variés. Elles se consomment en pilules, se consument en fumées. Le champignon c’est quelque chose !  M… s’est refait expliquer en cours, on a découvert le lophophora williamsii ou peyotl, un cactus sud – américain très joli, hallucinogène quand il est vieux et utilisé dans un cadre religieux !

Certaines drogues sont illégales donc on en parle, d’autres sont légales et on devient addict autour de la table, au travail et parfois avec des cadeaux faits en famille comme les jeux vidéos. On en parle moins.

Maëllys nous a parlé de l’anorexie et de la boulimie et Maëllys a noté au tableau les effets positifs et négatifs.

Dans les effets négatifs, la liste était bien plus longue et ce que l’on a retenu c’est « se perdre ».

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Affiche réalisée en PSE par des élèves de Seconde

Que sait-on des addictions au lycée ?

Qui ne joue pas à la Play ? Un peu, pourquoi pas, mais combien de temps passe-t-on devant l’écran ? Parfois jusqu’à 13 heures par jour et là on peut se demander si on peut mourir d’épuisement pour un jeu ? Sans parler de la Play, combien d’élèves au lycée sont accros de leur téléphone ? Ce n’est pas si simple d’en parler.

On sait ce que l’on sait ! Et puis ce ne sont certainement pas les adultes qui vont nous raconter les problèmes de l’un ou de l’autre dès lors que cela touche à l’alcool ou au cannabis, question de confiance. Maintenant, on a des oreilles et des yeux et on se passe des adultes pour comprendre. On n’en a pas parlé pendant l’intervention comme si on était entre nous, bien entendu.

Parfois au lycée, on entend de drôle de récits de fêtes et ce, même dans le cadre du travail pour certains apprentis. Du coup, il y a parfois une tendance à ne pas parler des addictions alors que les médecins du travail eux, en parlent beaucoup. On sent de la gêne, surtout pour l’alcool et le cannabis.

Anesty en terminale a commencé l’an dernier un article sur l’addiction au téléphone portable et c’est délicat de raconter ce que l’on voit. Dans sa classe, en seconde, les élèves étaient presque tous rivés sur leurs portables. Pendant les récréations, ils ne parlaient pas entre eux mais au portable, tous assis les uns à côté des autres. Il n’a pas fini l’article, moins par flemme que parce que c’est un peu déprimant d’en parler. Quant au cannabis et à la manière dont certains en consomment, allez donc trouver des témoignages sans faire peur à tout le monde.

C’est bien là le problème, en faire un sujet tabou, est-ce donner à ceux qui sont en situation délicate de l’aide pour en sortir ? Pour les délégués et délégués au CVL, c’est une affaire compliquée et importante, donc l’intervention de Gérard a été très appréciée.

Gérard a eu une très histoire triste et heureuse à la fois.

Gérard Lauby. Il se présente sur : https://assofenetres.com/fenetres/notre-equipe/

L’intervenant laisse difficilement indifférent parce que c’est un témoin, il a vécu ce qu’il raconte.

Il doit avoir entre 40 et 50 ans, pas plus. Il a un physique marqué. Il est tout fin, tout léger. Il a des dents noircies par la cigarette. Et puis il a une voix qui nous fait vraiment ressentir ses souffrances. Il a eu une histoire très très compliquée en matière d’addiction et tout ça a duré vingt-cinq ans, donc entre 9 et 10 de plus que nous !

Son père fumait du cannabis. Il a essayé une fois, deux fois puis c’est devenu une habitude. Il fumait, pas que des cigarettes et n’importe où. Il buvait beaucoup trop et même au travail. Il a donc consommé des drogues illégales et légales. On commence parce que l’on a un coup de fatigue, une tristesse, que l’on subit une pression, des critiques. On tente d’oublier le mal subi, on n’y arrive pas et on continue à boire. Il était dans un cercle vicieux et n’arrivait pas à arrêter. La volonté ne suffit pas, pas après un certain stade.

Un de ses amis est mort.

Un jour, il est allé voir le médecin qui l’a mis devant un choix : arrêter ou mourir.

Il nous a dit que la naissance de sa fille a été une rupture, elle lui a permis de s’accrocher. Il est allé voir son employeur et lui a dit ce qu’il vivait. Contrairement à ce qu’il pensait, il n’a pas été viré. Son patron l’a même soutenu. Il a été aidé par des services spécialisés aussi.

Il a mis dix ans à arrêter l’alcool et six ans à arrêter la drogue.

Aujourd’hui, Gérard fume toujours mais que du tabac et il donne son histoire pour que nous ne la vivions pas.

Il a monté son système de prévention et de sensibilisation. Il s’est formé pour pouvoir intervenir dans les établissements scolaires, collèges et lycées. Il va aussi beaucoup dans les collèges. Il nous a dit que nous sommes la génération future et qu’il ne faut pas rater notre vie à cause de problèmes d’addictions. Il nous a raconté son vécu et c’est vrai que cela ne donne pas envie d’y tomber. Enfin maintenant, il va bien, mais bon.

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Affiche réalisée en PSE par des élèves de Seconde

« Les addictions ne sont pas un problème, ce sont des maladies ».

On peut parvenir à s’arrêter mais accompagné. Il faut compter avec le temps, c’est « ingrat » selon Gérard. Pour lui, c’est l’accumulation des messages par différents intervenants qui permet à quelqu’un de s’en sortir. Surtout, il ne faut jamais retoucher à ce qui provoque l’addiction, on replonge. Il regrette aussi que les personnes soient peu prises en charge et que donc que peu s’en sorte, il faut se faire aider et autant dire que le plus simple, c’est de ne toucher à rien.

Il nous a fait comprendre que ceux qui se droguent et sont addicts dépensent énormément d’argent pour se détruire.

On en a appris bien plus que l’on ne savait déjà sur les conséquences des comportements addictifs. Bien entendu, on ne va pas dire que personne dans les classes n’a jamais touché au cannabis et encore moins à l’alcool. Mais on n’en parle pas beaucoup entre consommateurs et non consommateurs sauf les potentiels. Donc le témoignage de Gérard permet aussi de sortir de la morale ou de la frime, il nous a parlé franchement, de choses précises. On devrait se sentir plus à l’aise pour en parler avec les adultes ou les amis.

Pour lui : « Il y a des élèves pas concernés mais qui peuvent être amenés à aider et accompagner d’autres jeunes, d’être bienveillants. Parce que le vrai problème des jeunes, c’est la dépression. On a de nouveaux moyens de communication mais parfois plus de solitudes, une vie qui est plus sous pression. Les jeunes qui s’isolent sont plus exposés que ceux qui ont une vie sociale faite de contacts humains. »

Parfois les contacts qui peuvent aider sont les amis, les parents, les enseignants, les maîtres de stage, les entraineurs sportifs …….. tous les adultes. Toujours selon Gérard, il faut former tous les personnels, en entreprise comme à l’école et les parents à travers l’entreprise comme l’école. Il est nécessaire de bien prendre la mesure de la souffrance de l’individu pris dans une addiction. C’est l’affaire humaine de tous parce que de nombreux jeunes ont peur d’aller en consultation, peur de la maladie, peur du regard des autres, peur du regard de leur famille.

L’un d’entre nous a écrit en titre de son premier jet : « éducation physique et morale » …… on garde ça, pas en chute, en rebondissement !

 

Ci-dessous, le bilan des questionnaires anonymes distribués à l’issue des interventions (réalisé par Mme Depierre)

BILAN Stop chut addictions 2018

 

La parole de Madame Depierre, infirmière

Que faire quand on est élève et que l’on veut décrocher ?

Surtout ne pas rester seul, isolé. Il faut venir me voir. Ensemble, dans la confidentialité, je vous aiderai à faire le point et vous accompagnerai vers une prise en charge et des soins qui vous correspondent.

Comment en parler aux parents ?

Souvent c’est difficile dans parler seul. Il est possible de se faire accompagner par un personnel de soins soit avec une personne en qui vous avez confiance (de votre choix). C’est une démarche qui doit être préparée car cette vérité peut être douloureuse pour le consommateur ainsi que pour sa famille. Il faut dédramatiser et orienter vers des personnes compétentes en addiction.

Qui peut m’aider au lycée et comment ?

Toutes personnes adultes de l’établissement mais en particulier le pole médico-social qui est formé pour ce type de prises en charge. Il connaît toutes les structures de soins.

Et si j’ai envie d’en parler à personne autour de moi ?

On pense que c’est possible d’arrêter tout seul mais malheureusement ce n’est pas simple et souvent on rechute.  Ce qui est compliqué, c’est de comprendre pourquoi on a recours à un produit pour être bien.  Les parents sont là pour vous aider, il me semble important de pouvoir en discuter avec eux, nous pouvons aussi vous aider à le faire si c’est trop difficile de le faire soi-même, nous sommes disponibles.

Mme Lobaccaro, professeur de PSE

 » Dans le cadre du programme de seconde en PSE (prévention santé environnement), les élèves étudient les différentes substances addictives. Après des recherches effectuées au CDI, les élèves des secondes : TBEE, AFB et TITE ont réalisé des affiches afin de vous présenter ces substances « 

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Affiche réalisée en PSE par des élèves de Seconde

 

Madame Bourlez, comment s’informer sur les addictions au CDI ?

Les élèves et les personnels peuvent consulter et/ou emprunter des livres ou des magazines.

Par exemple :

JULIENNE, Marina. Le cannabis ?. Belin, 2013. 79 p.

JOSEPH, Marion. La lutte contre le tabac est-elle bien menée ?. Phosphore (N°413) . 11-2015. p.42.

VERBAERE, Isabelle / NAASSiLA, Mickaël. Alcool, cannabis, tabac : pourquoi vous êtes les plus fragiles. Phosphore (N°400). 01-10-2014. p.64-65

Cannabis = – 8 points de QI. Science & vie junior (N°278). 01-11-2012. p.14

Mais également, un article de Marie-Catherine MERAT dans le dernier Science et vie junior (n°345) intitulé « Accros aux jeux vidéo »

A noter aussi, un article sur les effets du smartphone, paru dans Le Monde.

 

De plus, des brochures de l’INPES (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé), du Ministère chargé de la santé, sont à la disposition de tous.

 

 

 

 

 

 

(D’autres brochures sur le site de l’INPES )

 

Des sites internet sont également de bonnes sources d’information :

http://www.stopchut.com/

https://www.addictaide.fr/

http://www.drogues-info-service.fr/Tout-savoir-sur-les-drogues/Se-faire-aider/Les-Consultations-jeunes-consommateurs-CJC-une-aide-aux-jeunes-et-a-leur-entourage

http://www.drogues.gouv.fr/jeunes

 

 

 

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