Cédric Fénéon, architecte, maître de stage

Cédric Fénéon œuvre aujourd’hui à Bordeaux où il dirige l’Atelier Zip mais avant, il était installé à Lyon. Il accueille des stagiaires depuis longtemps. Il a été le maître de stage de Nezha en 2008 et 2009. Retour sur expériences à l’occasion d’une rencontre avec la rédaction.

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Cédric Fénéon. Photo de Didier Grappe

Pouvez-vous nous dire dans quel cadre vous avez travaillé à Lyon ?

J’ai travaillé dans différents cadres. Je suis arrivé après le bac, j’ai fait mes études à l’école d’architecture puis travaillé dans trois cabinets différents : chez Richard Plottier, Moutton et Gachon architectes, chez Passagers des villes qui est un cabinet d’urbanisme. Ensuite, je me suis installé à mon compte.

Racontez-nous vos expériences de maître de stage et dites-nous pourquoi vous prenez des stagiaires ?

Je pense qu’il est important de former les jeunes gens. J’ai pris quatre ou cinq stagiaires, j’aime bien m’occuper des autres aussi. Je les ai recrutés parce qu’ils tapaient à la porte. Je n’ai jamais pris de stagiaires qui envoyaient un CV par internet. J’ai toujours pris des gens qui se présentaient ou venaient avec leurs parents pour les stages de troisième.

J’aime bien prendre des stagiaires. On peut partager, communiquer avec quelqu’un d’autre. Quand on explique des choses, on revient dessus et on réfléchit aussi pour soi.

Prendre un stagiaire n’est pas forcément une contrainte ni un poids.

C’est aussi se mettre une certaine pression stimulante. On prend le risque des questions auxquelles on ne sait pas répondre. Je n’ai jamais eu de stagiaires désagréables. Je me souviens d’avoir eu des stagiaires très toniques. J’ai été très troublé au début en face de quelqu’un de bien plus jeune dont je me suis dit qu’il allait être vite bien meilleur que moi. Face à un problème, il trouvait très vite une solution intelligente, rationnelle. C’était bizarre, mais pas désagréable. Disons que cela relativise des « bienfaits » de l’expérience.

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Cédric Fénéon. Photo de Didier Grappe

Pourquoi avez-vous accepté d’accueillir une stagiaire métreuse et comment l’avez-vous accueillie ?

Je travaille avec des métreurs, rarement en interne mais tout de même. Du coup je me posais la question de la communication avec les métreurs : comment je formule mes demandes, comment on échange pour que le travail soit utile et efficace ? Je me posais aussi la question de savoir comment on peut motiver quelqu’un.  J’ai rencontré Nezha parce que son enseignante cherchait un maître de stage, donc par connaissances interposées. Elle s’est présentée à l’agence et je l’ai trouvée sympathique donc je l’ai recrutée. Elle a fait deux stages avec nous. Elle était très attentive et en plus elle était marrante. Elle était très timide, on sentait qu’elle était très impressionnée d’être entourée d’architectes. Je n’attendais pas d’elle qu’elle soit très productive donc je prenais du temps pour lui expliquer des choses et elle était concentrée donc elle a pu apprendre des choses. Elle faisait un Bep puis un Bac pro, on ne lui en demandait pas autant qu’à un étudiant bien entendu. Je lui ai donné le temps de se sentir à l’aise et lui ai demandé de poser des questions quand elle ne comprenait pas. Elle posait donc des questions et rectifiait ses erreurs plutôt bien puis très bien.

Qu’avez-vous décidé de lui apprendre ?

Je lui ai appris à mieux dessiner, à avoir une aisance. Elle a aussi fait quelques métrés. Je lui ai appris à prendre des notes propres que je puisse comprendre et que l’on puisse utiliser plus tard. Je voulais qu’elle comprenne qu’on ne travaille pas pour soi dans un cabinet, il faut pouvoir revenir plus tard sur les informations et les utiliser même quand on est pas là. Je lui ai fait faire un petit projet d’aménagement : comment on organise une chambre, des couloirs. Un plan d’appartement pour faire simple. Je voulais lui montrer comment mieux se représenter les choses, comment mieux lire les plans. Elle n’allait pas être architecte mais c’est important dans une branche de savoir un peu comment les autres métiers fonctionnent et quel est leur langage pour travailler avec. Un métreur discute avec les architectes pour bien faire son travail sinon on perd du temps, on fait des erreurs.

Je l’ai aussi emmenée au musée, pour qu’elle prenne l’habitude de se cultiver. Le métier n’a pas que des dimensions techniques, il y a une culture dans laquelle il faut s’inscrire. Un architecte passe beaucoup de temps à se cultiver. Donc j’allais voir les grandes expositions et je l’ai emmenée avec moi.

Etait-elle une « bonne stagiaire » ?

Attention, elle avait aussi des défauts, elle n’était pas très rapide et elle avait besoin qu’on lui réexplique des choses. Mais elle était patiente, elle était coopérative, motivée et agréable. Elle ne reculait pas face aux tâches que je lui donnais et quand il y avait des erreurs, elle recommençait. Elle ne se sentait pas en échec, elle recommençait pour faire mieux.

Que pensez-vous de sa réussite en IUT et de son début de parcours professionnel ?

J’étais très heureux qu’elle décroche son bac et qu’elle puisse entrer en IUT. Elle était encore « petite » et elle est devenue adulte, c’est toujours impressionnant ! Je me suis dit que cela valait le coup de soutenir, de s’occuper de jeunes qui ont envie de réussir et se donnent les moyens de le faire, on est toujours un peu fier de soi et très fier d’eux dans ces cas-là. Et elle a encore été courageuse après, l’entrée sur le marché du travail n’a pas été simple. Donc oui, on peut être fiers d’elle !

Quels sont vos conseils pour quelqu’un qui cherche son premier stage ?

Il faut montrer sa motivation et sa curiosité. Ne pas hésiter à se déplacer, rencontrer les gens. On ne demande pas de savoir des choses mais qu’on a envie d’apprendre et qu’on est prêt à s’intégrer à des environnements de travail où les gens ne sont pas instantanément disponibles. Il faut savoir observer et ouvrir grand les oreilles. Et puis il faut prendre des notes pour rédiger tous les jours son carnet de bord pour le rapport de stage. C’est très important.

 

Si vous voulez savoir ce que Nezha a pensé de ses stages et comment elle voit son parcours scolaire et professionnel, vous pouvez aussi lire l’entretien qu’elle a donné à la gazette ici :

https://gazettelpcuzin.wordpress.com/2016/11/07/y-a-t-il-une-vie-apres-le-lycee-surtout-cuzin/

La rédaction profite de l’occasion pour saluer la magnifique petite Lyna et sa maman, qui va lui dessiner de merveilleux châteaux et la laisser peindre les murs de sa chambre …… en grand !

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