Les CAP à l’honneur avec un prix de la Fédération Française du Bâtiment décerné à Joël Nzuzi

Monsieur Perret a envoyé un mail à la rédaction pour annoncer un évènement : Joël Nzuzi a été récompensé par la FFB (Fédération Française du Bâtiment) ! Une grande fierté. La rédaction s’est donc précipitée pour l’interroger. Vous allez tout savoir sur l’art et la manière de finir avec une mention grâce à vos téléphones portables.

Joël durant la remise des prix, Photographie prise par Christophe Perret, DDFPT

Joël durant la remise des prix, Photographie prise par Christophe Perret, DDFPT

Joël, vous venez de gagner un prix, pouvez-vous nous dire de quoi il s’agit ?

 Je ne savais même pas que ce prix existait. J’avais eu de bonnes notes au CAP et en fait, j’avais eu de très bonnes notes pour toute l’académie. Je ne savais pas du tout que mes notes étaient si bonnes. Je voulais juste un cap. J’ai reçu une lettre à la maison. J’étais étonné, je devais aller chercher mon prix à Condorcet et je ne voyais pas pourquoi. Mon père m’a forcé à y aller. J’ai rejoint Monsieur Perret là-bas directement après les cours. Mon père voulait venir mais c’était compliqué. J’ai été bien accueilli, après la cérémonie il y avait un buffet, à boire à manger, il y avait du champagne. Il était bon, je ne bois pas donc j’en ai pas bu beaucoup mais il était bon.

J’ai eu une caisse à outils. C’est très bien, je n’ai pas besoin de dépenser de l’argent pour acheter des outils qui sont chers et dont j’ai besoin. La caisse est complète et surtout complète de bons outils. Je suis très content

Joël comment avez-vous choisi le métier ?

Je voulais faire de la peinture et je me suis dit qu’il y a beaucoup de peintre. J’ai pensé à être carreleur et quand j’ai vu les postures de travail je me suis dit … « non ». Puis j’ai découvert la maçonnerie et là, j’ai dit : « oui ». Au début je n’aimais pas ça, je voulais changer de métier. Je trouvais le travail en atelier dur, j’avais mal au dos. Les premiers stages étaient durs. J’ai travaillé sur le chantier du nouveau stade à Décines. C’était l’hiver, c’était dur. J’arrivais pas à me lever le matin. J’avais mal partout. Je partais quand même.

J’ai fait trois stages là-bas pour DMG Construction. En fait, il y avait une bonne ambiance. Trouver des stages n’est pas si facile et franchement l’ambiance était sympathique. On rigolait bien, les gens se parlaient gentiment, calmement, même les chefs. Je n’aime pas les gens qui crient tout le temps. Là, les chefs étaient sympathiques. Quand je suis arrivé je ne savais rien faire. En atelier j’avais appris à monter des murs d’un mètre, là il fallait que j’en monte de six mètres. Ils m’ont tout expliqué, j’ai travaillé avec quelqu’un. Il m’a laissé faire en me regardant pour corriger les erreurs. Du coup aujourd’hui je travaille et bientôt je saurai monter une maison tout seul.

Joel, heureux. Portrait de Didier Grappe.

Joel, heureux. Portrait de Didier Grappe.

Comment s’est passée votre scolarité durant le CAP ?

À l’école, tout allait bien, je finissais souvent en avance en atelier et j’aimais bien parce que du coup, je pouvais travailler avec les autres. Monsieur Garcia m’a beaucoup motivé. Il a travaillé en maçonnerie donc il arrivait à expliquer et m’a dit qu’il faut savoir aimer ce que l’on fait sinon on trouve toujours ce qui ne va pas et les chantiers sont pénibles. Monsieur Marel aussi m’a bien motivé.

À la maison c’est vrai que je ne touchais pas beaucoup mes cahiers. Mon père téléphonait au lycée pour demander si je ne trichais pas lors des interrogations… J’avais de bonnes notes mais c’est parce que je me concentrais en cours. Et puis, je faisais des photos des cours et je les lisais sur mon téléphone dans le bus, dans le métro, un peu partout. Comme ça j’étais tranquille ensuite à la maison.

Aujourd’hui vous êtes en apprentissage, dites-nous pourquoi vous avez fait ce choix ?

Je voulais continuer après le CAP, j’avais peur de ne pas trouver un bon travail. J’ai cherché un patron pour faire une alternance. J’ai cherché et je ne trouvais pas. Je me suis découragé et j’ai passé un mois à ne plus chercher. Une semaine avant les cours, j’ai téléphoné à Bouygues Sud-Est. J’ai eu un rendez-vous pour le lendemain à Lyon avec Virginie Pérez qui s’occupe des apprentis. Il y avait huit ou dix personnes et ils recrutaient.

Racontez-nous sur quel chantier vous travaillez.

Je fais mon apprentissage à Lyon. Je travaille sur le chantier des archives départementales. Je fais des banches, je place des poutres, je bouge tout le temps. J’apprends beaucoup de nouvelles techniques. Le chef d’équipe est sympathique et je m’entends bien avec tout le monde là-bas.

Le chantier est intéressant. On bâtit un immeuble de bureaux. Il y a cinq étages de sous-sol et quinze étages de bureaux. L’immeuble va être vitré, on voir le plan sur sky56 et il y a une animation vidéo http://www.lyon-partdieu.com/operations/sky-56/. Il y a des photographies, des plans quand j’ai vu le projet je me suis dit que c’était vraiment un beau chantier.

J’étais content de voir comment on fait monter des immeubles, comment fonctionne un gros œuvre plus complexe que ce que j’avais fait jusque-là. Avant de faire une tâche, on fait une formation sur les matériaux et les techniques à mettre en œuvre. Du coup j’apprends vraiment beaucoup de choses.

N’est-ce pas difficile de passer du chantier au cours ?

Les cours nécessitent aussi du travail mais on complète bien les connaissances. L’adaptation n’est pas si facile. Quand on revient de l’entreprise, il me faut faire un effort d’adaptation et l’inverse est vrai aussi. Mais on apprend plus vite, en cours c’est très intense, on a beaucoup de copies à rendre, beaucoup de cours. Du coup je travaille à la maison le soir, le téléphone ne suffit plus. Je dois réviser. Je le fais même quand il n’y a pas de contrôle pour ne pas être surchargé avant les examens et les interrogations. Il y a beaucoup de calculs en technologie et en mécanique et là, j’ai vraiment besoin de m’entrainer et me concentrer.

La clef c’est qu’il faut aimer ce qu’on fait. Si on n’aime pas son travail, c’est trop dur, on se sent obligé. J’aime mon travail du coup, c’est plus simple.

Joël avec son enseignant de CAP, Olivier Garcia. Photo Didier Grappe

Joël et Olivier Garcia. Photo Didier Grappe

Est-ce que ce prix change quelque chose pour vous ?

Je suis allé voir mon père et j’ai pu lui dire : « t’as vu, tu dis que je ne sors pas mes cahiers et j’ai eu de bonnes notes ! »

Mon père m’a fait un cadeau, il m’a offert la PS4, m’a emmené au restaurant avec toute la famille, m’a inscrit au permis de conduire. Il était très fier et heureux. Jusqu’aujourd’hui il est fier ! Ma mère aussi, toute la famille. Tout le monde est content que je sois embauché par Bouygues.  C’est pas facile. Je pense que mes moyennes m’ont aidées, j’avais entre 14 et 16 tous les trimestres.

En entreprise, un photographe est venu faire des photos, j’en ai eu, ils ont mis au mur les photos. Dans les vestiaires, vers les cuisines.  Ils m’ont félicité.

Virginie Perèz m’a félicité, c’est elle qui a prévenu tout le monde. Elle m’encourage à poursuivre mes études, je me dis « pourquoi pas ? » mais on commence par le bac n’est-ce pas ?

Joël et Olivier Garcia. Photographie Didier Grappe.

Joël avec son enseignant de CAP, Olivier Garcia. Photographie Didier Grappe.

Monsieur Garcia, êtes–vous fier de Joël ?

Bien sûr ! Et je serai encore plus fier quand il aura son bac ! Je suis content pour lui, pour le travail qu’il a accompli, pour le chemin qu’il est en train de parcourir et pour l’image qu’il véhicule auprès de ses camarades. Je lui souhaite de continuer à se découvrir, à se faire plaisir sans avoir peur d’affronter les difficultés et de garder, d’entretenir son goût de l’effort.

Pouvez-vous nous faire son portrait et nous dire ce que ce prix peut lui apporter ?

Joël est facile, discret, il a une grande finesse dans le geste. Il est réactif et donc il comprend vite. Il pourrait faire un beau parcours scolaire s’il s’investit à fond, on sent qu’il « en a sous le pied » comme on le dit sur les chantiers. Il est doué, pourvu qu’il continue à avoir envie de progresser. Il est curieux, il a intégré une entreprise de gros œuvre qui lui permet d’explorer toutes les facettes du métier. Et surtout : il a une vraie envie de progresser.

Joël s’est investi durant les deux années de son CAP, il a choisi de poursuivre en BAC sachant que ce ne serait pas évident. Le fait de lui décerner ce prix va lui donner la force d’aller plus loin, le renforcer dans la conviction que le travail est toujours récompensé. Ce prix est une véritable reconnaissance.

Est-il un modèle pour ses camarades ?

Il y a plusieurs manières de répondre, du point de vue de Joël et pour l’ensemble des élèves.

Joël fait avec naturel ce qui peut être difficile pour certains autres et il a aussi des défauts qu’il va lui falloir surmonter. Pour lui, le problème n’est pas d’être un modèle mais qu’il soit bien dans ce qu’il fait et qu’il s’épanouisse.

Pour les autres élèves, j’espère qu’ils auront tous une grande envie de « copier » sa réussite ! Là Joël est un modèle, celui d’un investissement récompensé, d’un retour positif. Les jeunes ont besoin plus ou moins consciemment d’ailleurs que leur investissement soit reconnu. C’est très important dans nos disciplines souvent dévalorisées et qui mènent à de beaux métiers.

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