Comment lier l’utile et l’agréable ? Idées bétons !

Le Musée Tony Garnier organise jusqu’en décembre une exposition sur les usages anciens et futurs du béton. Une aubaine pour un lycée professionnel du bâtiment ! Récit de la journée en poésie grâce à Madame Etienne, récit d’exposition par un élève de maçonnerie, Abdoulaye Bah et témoignages de Messieurs Graux, Pyram et Crouzet.

expo-sacre-beton-musee-tony-garnier2

acrostiche-1ispar-mme-etienne

 

image-tableau-de-ville-en-beton-par-ilham-moufassih2

Photographie par Mme Moufassih du mur peint de la cité idéale (fresque russe d’après Gregory Chestakov)

Elèves devant un mur peint photographiés par Mme Bourlez

ABDOUAYE BAH, 17 ans en première année de CAP maçonnerie

Vous êtes allés voir l’exposition en arrivant au lycée, pouvez-vous nous raconter la sortie ?

On nous a montré comment les Romains construisaient et ensuite comment on a construit jusqu’à aujourd’hui.
Les Romains construisaient à la main, on a vu des dessins et on a appris qu’ils travaillaient avec de la boue et des pierres. Ils travaillaient à la main et se guidaient à l’oeil.
Ensuite la technologie a évolué, vers 1800 le ciment a été inventé et comment faire le mélange. Tout a changé alors.
Après la Seconde Guerre Mondiale, la technologie a beaucoup évolué. Il y a des machines pour faire le béton armé, mélanger le ciment, le sable, le granit et l’eau. Aujourd’hui, nous programmons les machines et on peut utiliser ensuite un béton très solide.

Dans l’exposition, il y avait des panneaux et des objets.

J’ai vu des loupes pour observer si le mur est bien vertical. On les utilise aussi en atelier. On se sert de cet instrument, le niveau optique, par exemple quand on atteint le troisième étage et qu’il si on est droit en bas, pour vérifier la hauteur.

On a vu les différents types de béton. Le béton lisse, utilisé pour le crépissage ou la finition des murs. Il y en a un autre mélangé à du granit que l’on utilise dans les lieux publics pour permettre à l’eau de s’écouler. Il aspire l’eau, il y en a aussi dans la cour du lycée. Il y a des mélanges que l’on utilise pour les décorations et la sculpture. On peut fabriquer des vêtements avec le ciment maintenant. On peut les mouler et faire des bijoux. On a vu une très jolie robe, d’environ 4 kilos faite en ciment . On n’imagine pas qu’elle est fabriquée en ciment. Un jour j’apprendrai à en faire une pour en offrir.

Sécurité

Il y avait des explications sur la sécurité sur les chantiers. Comment elle a évolué. Avant les gens faisait les choses à la main et les contrôles étaient peu nombreux. Il y avait des films sur des chantiers à Lyon, ça faisait peur. Aujourd’hui on travaille très haut, parfois jusqu’à 10 ou 15, 30 étages parfois, mais les consignes sont très strictes. On fait des montages en métal et plus en bois et ils sont très contrôlés. En bois on glissait, aujourd’hui il y a plus de sécurité.

Guidage

Une dame nous a guidé, elle nous a bien expliqué. Elle nous a montré les procédés, montré des bétons. Les Romains réfléchissaient beaucoup et ont inventé beaucoup de techniques : ils ont fait des dalles qui résistent jusqu’à nos jours, c’est vraiment intéressant.

J’aimerais voir d’autres expositions ça complète ce que l’on fait en atelier. On apprend beaucoup de choses. En atelier on est formé pour devenir de bons professionnels. J’aime l’idée que l’on construit, quand on fait restauration, ce que l’on fait disparait mais là, ça reste. On a envie de devenir de grands maçons demain.

Le métier me semblait dur au début, parce que c’était pas mon domaine. Maintenant j’ai envie de préparer mon métier et ça me plaît, on peut gagner sa vie et c’est super bien.
La sortie était super.

Robe en béton photographiée par M. Crouzet

Robe en béton photographiée par M. Crouzet

Différents blocs de béton photographiés par Mme Moufassih

Différents blocs de béton photographiés par Mme Moufassih

Et les professeurs, ont-ils aimé l’exposition ?

Monsieur Fabrice GRAUX, enseignant de réalisation Gros-Œuvre pour les Cap Maçon et Bac Pro TBORGO, quel est l’intérêt d’une telle exposition ?

L’exposition « sacré béton » explique clairement les multiples possibilités de « cette pierre liquide » inventée par les Romains.

Cette exposition est intéressante sur de multiples points pour nos élèves:
1/ Elle permet de comprendre qu’il existe une multitude d’applications pour le béton
2/ Elle permet de comprendre ses avantages
3/ Les élèves acquièrent une culture liée à son histoire avec ses heures de gloire et ses périodes plus sombres (déconstruction des grands ensembles)
4/ L’exposition permet de toucher du doigt les conditions de sécurité déplorables sur les chantiers de la première partie du XXiéme siècle.

La barque en béton

Au musée de Brignoles : la barque en ciment armé de Joseph Lambot

Et vous, Monsieur Miguel PYRAM qu’avez-vous pensé de l’exposition ?

Très belle exposition, ce qui ne l’empêche pas d’être fort bien documentée et professionnelle. Nous avons exploré l’évolution de ce matériau à travers des inventeurs :
– Joseph Louis Lambot (1814-1887) qui a construit en 1848 une barque baptisée le « bateau ciment » en « fil de fer » recouvert de ciment.
– Joseph Monier (1823-1906) jardinier, qui a inventé le « ciment armé » pour fabriquer des bacs à fleurs.
– Eugène Freyssinet (1879-1962) qui a révolutionné le monde de la construction en inventant le « béton précontaint » ………..
Nous avons également pu voir des usages du béton hors des champs habituels de la construction, ce qui a beaucoup fasciné les élèves et les adultes. On était très loin de l’image de l’  » Atilla urbain » qui nous fait penser que là où le béton passe, la nature trépasse. Au contraire, l’exposition met en valeur les usages très flexibles du béton, ses enjeux économiques, sociaux et …….artistiques.

Chaise en béton photographiée par M.Crouzet

Chaise en béton, design Lyon Béton, photographiée par M.Crouzet

Bernard CROUZET professeur de Maths Sciences

Voici quelques usages du béton qui m’ont fortement surpris lors de la visite de cette exposition.
La première surprise fut de découvrir des objets de la vie courante qu’on ne s’imagine pas être fait en béton. Par exemple cette robe noire et blanche en béton. Elle ressemble parfaitement à de la dentelle avec de multiples petits motifs (Nancy et François-Charles Génolini). En regardant de près, on s’aperçoit que ces motifs résultent de l’assemblage ou pas de minuscules morceaux de béton sur une maille de fils métalliques très fin.
Ou bien ce bijou pendentif formé d’une bille en béton cerclée dans l’argent.
Ou encore cette chaise design grise dont le dossier et l’assise était en monobloc de moins 1 cm d’épaisseur.

La deuxième surprise fut l’usage du béton pour la construction. C’est par exemple le béton drainant qui laisse passer l’eau en cas de pluie. Le sol à l’entrée du musée est d’ailleurs recouvert de ce matériau. A l’aide d’un seau d’eau on a pu voir que ce béton drainant évacuait très bien l’eau mais pas le goudron juste à côté.
Dans le musée il y avait une planche de béton fibré ultra haute performance d’à peine 4 ou 5 cm d’épaisseur et posée sur deux cales. Elle a parfaitement résisté à trois élèves réunis qui se sont amusés à sauter dessus de toute leur force.
La troisième surprise pour terminer est le béton à usage décoratif. J’ai vu du béton imitation bois de couleur marron qui reproduit parfaitement les nervures du bois et du béton lumière qui laisse passer la lumière au travers de petites billes de verre colorées.

Dalle de béton drainant photographiée par M.Crouzet

Dalle de béton drainant photographiée par M.Crouzet

Publicités